Archive pour juin 2010
[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Mother commence par une séquence étonnante : une femme d’une soixantaine d’années marche au milieu d’un champ, l’air perdu, puis se met à danser, comme pour évacuer son mal-être, pour faire disparaître sa peine.
Elle est le personnage principal du nouveau film de Bong Joon-Ho, une mère dont le fils handicapé mental se trouve accusé du meurtre d’une jeune lycéenne, dans une petite ville de province en Corée du Sud.
Toutes les évidences sont contre le jeune homme. La nuit du crime, des témoins l’ont vu sortir du bar où il avait passé la soirée, ivre et passablement lubrique, suivre la victime, et on a retrouvé sur le lieu du crime un objet lui appartenant. Pendant sa garde à vue, Do-Joon signe des aveux et la police classe l’affaire.
Mais sa mère reste persuadée qu’il n’a pas pu commettre un tel acte. Il était le coupable idéal, grand dadais un peu simplet, soumis à des troubles de l’attention et de la mémoire, et très facilement manipulable, comme l’a montré une autre affaire. Elle tente de discuter avec les policiers, engage, malgré ses faibles ressources, un grand avocat spécialisé dans les affaires criminelles, rien n’y fait… Alors, pour faire sortir Do-Joon de prison, elle n’a d’autre solution que de mener l’enquête elle-même, et de retrouver le véritable assassin.
Les investigations vont l’amener à découvrir la vérité sur l’affaire, mais aussi à découvrir le monde qui l’entoure et que, toute dévouée à l’éducation de son fils, elle ne voyait pas, et enfin, à se découvrir elle-même.
Avec ce crime, c’est toute son existence qui vacille.
Elle se retrouve séparée de ce fils qu’elle couvait un peu trop, s’inquiétant du moindre de ses faits et gestes au détriment de son propre bien-être, doit faire face à l’hostilité des proches de la victime qui eux, jugent au contraire qu’elle a totalement raté l’éducation de Do-Joon, ou qu’elle a engendré un monstre. Elle doit abandonner toute dignité pour obtenir un peu d’attention de la part des policiers, des avocats, des juges ou de l’unique ami de son fils, un voyou peu scrupuleux. Puis affronter aussi l’attitude hostile de son propre fils, dont elle essaie d’extirper quelques souvenirs utiles, mais qui ne parvient à faire émerger que quelques vieilles rancoeurs et un passé douloureux. Et enfin à se dépouiller progressivement de sa raison et de son sens moral, en s’abandonnant à des instincts primaux dont elle ne soupçonnait pas l’existence.
La transformation de cette femme, cette mère courage est éprouvante, douloureuse. Mais cela était peut-être nécessaire pour défaire le lien trop fusionnel qui l’attachait à son fils. Il fallait cela pour qu’elle se libère de ce fardeau et pense enfin à vivre par et pour elle-même.
C’est ainsi que l’on peut interpréter la fin du film, qui fait écho à la séquence inaugurale. A moins qu’on ne l’aborde par le versant pessimiste et qu’on la considère comme la métaphore d’un suicide libérateur… Ou qu’on ne décide de croire à ce point d’acupuncture miracle qui permet d’oublier toutes ses peines, toutes ses mauvaises actions, le thème de la mémoire étant un des thèmes principaux du film, et de l’œuvre du cinéaste.
Pour incarner ce personnage fort, il fallait une actrice à la fois touchante et froide, vulnérable et inquiétante. Bong Joon-Ho l’a trouvée en la personne de Kim Hye-Ja, qui livre ici une performance vertigineuse.
La comédienne, connue en Corée pour ses rôles de mères-modèles et vertueuses, ne manque pas l’occasion de se jouer de cette image, en explorant le versant obscur de la maternité. D’icône de la bienveillance maternelle, elle devient emblématique du lien viscéral, quasi-inaltérable et parfois déchirant, qui unit une mère à son enfant.
Elle fait plus qu’incarner un personnage, elle devient symbolique de toutes les mères, relevant ainsi ce qui était sans aucun doute l’un des défis d’un scénario, qui justement veille bien à ne jamais nommer le personnage, juste caractérisé par son statut de « mère ».
En s’appuyant simplement sur cette performance d’actrice, Mother aurait déjà été un bon film. Mais le cinéaste ne se contente pas de cela.
Comme à son habitude, Bong Joon-Ho marie une histoire intimiste à une trame de film de genre, ici un thriller mâtiné de comédie noire, joue sur les ruptures de tons, mélange les ambiances avec une science de la narration qui émerveille de film en film. Le cinéaste coréen fait preuve de beaucoup de talent dans la composition de ses plans, tous empreints d’une certaine poésie, et d’intelligence dans son propos, qui part toujours d’une histoire simple pour se transformer en réflexion plus universelle et en critique sociale décapante.
C’était le cas dans Memories of murder et The host, un polar et un « film de monstres » qui débouchaient respectivement sur une critique de la Corée des années 1980, alors en pleine dictature, et sur la société contemporaine, subissant l’influence de la culture occidentale.
C’est encore le cas dans Mother, dont l’intrigue permet de fustiger l’attitude laxiste de la police, la vénalité des avocats, la corruptibilité des juges, la dépravation de la jeunesse… Avec au centre des problèmes, l’argent, qui crée un véritable fossé entre les classes sociales, mettant les puissants à l’abri et contraignant les plus pauvres à lutter pour leur survie, quitte à s’entredéchirer les uns les autres…
A la fois beau portrait de femme et fine critique sociale, Mother est un très bon film qui confirme, s’il en était besoin, le talent singulier de Bong Joon-Ho. On attend maintenant avec impatience l’adaptation de la bande-dessinée d’anticipation « Le Transperceneige » qu’il est en train de finaliser…
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Mother
Madeo
Réalisateur : Bong Joon-ho
Avec : Kim Hye-Ja, Won Bin, Jin Ku, Je Mun
Origine : Corée du Sud
Genre : thriller social, portrait de femme
Durée : 2h04
Note pour ce film : ●●●●●○
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BONUS
- les traditionnelles bandes-annonces
- “Dans les coulisses du film” (20 mn): un making-of de facture classique, composé essentiellement d’interviews du réalisateur et des comédiens.Il y est surtout question de leur collaboration et de certains choix artistiques et techniques. Intéressant, mais plutôt anecdotique.
- “Mother & Bong Joon-ho” ‘(18 mn) est en revanche plus passionnant. Il s’agit d’un décryptage du film par le critique Jean-François Rauger, qui, pendant près de 20 minutes, donne les clés thématiques du long-métrage et le remet dans la perspective de l’oeuvre du cinéaste. C’est le travail que devraient faire tous les bons critiques professionnels, mais qui, hélas, s’efface le plus souvent derrière un “j’aime/j’aime pas” des plus affligeants…
Ici, c’est donc un régal, d’autant que l’analyse ne manque pas de finesse…
Note globale des bonus : ●●●●●○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.35 Durée totale : 170 mn |
| Langues : | Coréen 2.0 + 5.1 Français 2.0 + 5.1 |
Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
Diaphana
http://www.diaphana.fr/
Sortie le : 02/06/2010
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[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
En septembre 2004, les autorités allemandes durent faire face à une drôle d’énigme :
Lors d’un tournoi de handball en Bavière, organisé dans le cadre d’échanges sportifs entre l’Allemagne et les pays d’Asie, on leur signala la disparition de l’équipe nationale du Sri Lanka. Elles pensèrent d’abord que le groupe avait pu se perdre dans la forêt lors d’un footing, mais on ne retrouva aucune trace des vingt-trois joueurs ou de leur encadrement. Pfuit ! Volatilisés !
Plus étrange encore, le ministère des sports sri-lankais leur a affirmé que le pays ne possédait pas de fédération de handball, ni de clubs et encore moins d’une équipe nationale !
Diantre ! S’agissait-il d’un complot international ? D’un enlèvement par des extra-terrestres ? D’un autre phénomène paranormal ? Le commissaire Derrick allait-il devoir faire appel à Mulder et Scully ?
Non, car en fait, l’explication était toute simple et géniale. Autorités allemandes et sri-lankaises ont été abusées par un groupe de petits malins, qui ont créé cette équipe factice de toutes pièces pour obtenir les précieux visas pour l’Europe que l’ambassade allemande leur refusait jusqu’alors. Une poignée de maillots achetés en promotion au marché local, quelques faux-documents, un peu d’audace, et le tour était joué. Tout le monde n’y a vu que du feu, à l’exception, peut-être, de quelques fans de handball qui ont compris que cette glorieuse équipe nationale était en-dessous de l’amateurisme…
Cette histoire vraie est plus excitante que bien des fictions. Un vrai sujet de cinéma qui évoque les aventures de l’équipe jamaïcaine de bobsleigh dans Rasta Rocket ou la tentative d’évasion, lors d’un match de foot, des prisonniers de A nous la victoire, qui mélange humour, drame social, et ménage une bonne dose de suspense. Il était normal que quelqu’un se décide à la porter à l’écran. C’est Uberto Pasolini qui s’y colle avec Sri Lanka National handball team, jolie tragi-comédie qui raconte comment Stanley, Manoj, Vijith, Piyal et les autres ont pu monter une telle arnaque et partir réaliser leurs rêves vers un avenir forcément meilleur que leur vie de galère dans les taudis de Colombo.
Car le cinéaste s’intéresse autant à la mise en place de la supercherie qu’aux raisons qui poussent le petit groupe à s’exiler. Pour parler des conditions de vie difficiles des sri-lankais de manière la plus réaliste possible, et sans aucun misérabilisme, Pasolini s’est adjoint les services d’une écrivaine locale, Ruwanthie De Chickera. Ensemble, ils ont mis sur pied un scénario qui, à travers les motivations de chaque personnage, leur permet d’aborder tous les différents problèmes de la société sri-lankaise. Principal problème, des salaires extrêmement bas, qui ne permettent pas de vivre décemment. Dans ces conditions, difficile d’éduquer des enfants, de faire des projets pour l’avenir, de conserver sa dignité et ses rêves, d’autant que cette misère est un terrain favorable pour la corruption, la prostitution, l’escroquerie, le trafic d’organes et autres activités fort peu recommandables. Seule solution : partir à l’étranger. Certes, ce sera forcément pour y accomplir des basses tâches, probablement mal payées, au noir. Mais toujours plus lucratives que les emplois obtenus au pays.
Autre point stigmatisé par les auteurs, la difficile cohabitation entre les différents groupes ethniques sri-lankais – cingalais, tamouls, migrants d’autres pays d’Asie et du Moyen-Orient – qui ont causé une longue et désastreuse guerre civile. Le problème est juste survolé, sans doute pour ne pas rajouter aux tensions qui pouvaient exister au moment du tournage (1). Néanmoins, deux belles scènes – une bagarre entre les apprentis handballeurs et les confidences d’un croque-mort jusqu’alors peu bavard – nous font prendre conscience des blessures laissées par le conflit et de la fragilité de la trêve.
Mais les anciens ennemis n’ont pas le choix. Pour garantir leur avenir, sous d’autres cieux, et aider ainsi leurs proches restés au pays, ils doivent enterrer leurs différents et avancer main dans la main, en équipe. Le message politique est évident, prônant la réconciliation nationale et l’union pour la reconstruction du pays.
Il culmine lors du tournoi de handball, que nos imposteurs sont contraints de jouer malgré tout. Bien sûr, comme ils ne se sont absolument pas entraînés – ils connaissent d’ailleurs à peine les règles – ils encaissent but sur but et subissent d’humiliantes défaites. Et là, quelque chose se réveille en eux, l’envie de se révolter, par fierté, pour sauver leur honneur et celui de leur peuple. L’envie de se battre ensemble, en équipe. Alors qu’ils auraient très bien pu prendre la poudre d’escampette, ils reviennent quand même sur le terrain, avec l’envie pas forcément de gagner, mais au moins de gagner le respect de leurs adversaires et celui du public.
Certains trouveront cela profondément naïf. Ca l’est un peu évidemment, d’autant que le cinéaste, rompu à l’exercice des comédies à succès (2) sait sur quels effets jouer pour faire vibrer la corde sensible du spectateur. Mais il faut aussi rappeler qu’il s’agit d’une histoire vraie, et que l’équipe du Sri Lanka a bien joué quelques matchs avant de se volatiliser. C’est peut-être là le vrai mystère de ce drôle de tour de passe-passe : Pourquoi le petit groupe a-t-il pris le risque de rentrer sur le terrain alors qu’il aurait aussi bien pu disparaître dès son arrivée sur le sol allemand ?
En l’absence de réponse à cette épineuse question, on peut donc trouver crédible l’explication donnée par le script de Pasolini et De Chickera. Et même si on la trouve un peu factice, elle permet de redonner un peu de dignité à ce peuple de gens simples, qui même en son pays, éprouve un profond sentiment d’infériorité et de honte par rapport au monde occidental. La révolte collective de l’équipe sert de contrepoint à une autre belle séquence où Manoj, ayant eu l’opportunité d’inviter ses proches parents dans le restaurant de l’hôtel où il travaille, constate avec tristesse leur embarras de se retrouver au milieu de blancs plus fortunés qu’eux, comme s’ils ne se sentaient pas à leur place dans leur propre pays. En décidant de revenir sur le terrain pour défendre leur honneur, les sri-lankais cherchent avant tout à se prouver qu’ils valent mieux que l’étiquette de « pauvres gens », de « sans-grades », de « larbins » qu’on leur a collée, et qu’ils ont fini par accepter. Ils veulent montrer qu’ils sont prêts à se battre pour se créer une vie meilleure, à continuer de progresser malgré tout… Une belle leçon de courage, qui force notre admiration…
On se sent proche de ces personnages, d’autant qu’ils sont incarnés par des acteurs amateurs attachants. Sous la houlette de l’actrice Damayanthi Fonseca, ils ont appris le métier en deux semaines, aussi vite que leurs personnages ont appris le handball. Mais là, ils font plus que sauver l’honneur, ils sont tous brillants et très convaincants ! (3)
Grâce à eux, plus qu’à la mise en scène un peu trop sage de Uberto Pasolini, on suit avec grand plaisir les tribulations de cette joyeuse bande de pieds-nickelés, qui surmonte toutes les épreuves avec humour, audace et persévérance. Que ce soit sur le terrain de la comédie émouvante ou du film à thèse à la fois profond et léger, cette Sri Lanka National Handball Team a tous les atouts pour atteindre son but : gagner le cœur des spectateurs.
(1) : Le conflit n’a cessé qu’en mai 2009, avec la mort du leader des tigres tamouls.
(2) : Uberto Pasolini a produit, entre autres, The full monty de Peter Cattaneo
(3) : Apparemment, l’un d’entre eux s’est même tellement pris au jeu qu’il a fait comme le personnage qu’il incarne. Il a profité du tournage en Europe pour quitter définitivement son pays. Mais il a eu la délicatesse de finir le tournage avant de prendre la poudre d’escampette. La réalité dépasse la fiction inspirée de la réalité !
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Sri Lanka National Handball Team
Machan
Réalisateur : Uberto Pasolini
Avec : Dharmapriya Dias, Gihan de Chickera, Dharshan Dharmaraj, Namal Jayasinghe
Origine : Sri Lanka, Italie, Allemagne
Genre : slumdog handballer
Durée : 1h40
Note pour ce film : ●●●●●○
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BONUS
Rien… Pas même une bande-annonce…
Pourtant, le film aurait bien mérité quelques éclairages supplémentaires sur les tensions communautaires au Sri-Lanka, le travail d’écriture à partir du fait divers réel, et un commentaire audio avec des anecdotes de tournage aurait été apprécié… Tant pis…
Note globale des bonus : ○○○○○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 1.85 Durée totale : 100 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 | Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
UGC Ph
http://ugcph.fr/pages/sri-lanka.html
Zylo
http://www.zylo.net/newsite/
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