Genre

19/07/2011

[En Bref]
“Derrière les murs” de Pascal Sid & Julien Lacombe
“La Traque” d’Antoine Blossier

 

“Derrière les murs” de Pascal Sid et Julien Lacombe

France, années 1920…
Suzanne (Laetitia Casta), écrivaine célèbre, ne parvient plus à écrire depuis le décès de sa petite fille, dont elle se sent fautive. L’avance de son éditeur s’épuisant dangereusement, celui-ci l’envoie au vert, pour qu’elle puisse se ressourcer et retrouver l’inspiration, loin des souvenirs douloureux…
La jeune femme s’installe donc dans un luxueux manoir au coeur de l’Auvergne.
Au village, elle est immédiatement accueillie par les regards lubriques des hommes et l’hostilité de leurs épouses… De quoi l’inciter à rester cloîtrée chez elle et se concentrer sur l’écriture de son roman…

Derrière les murs - 5

Sauf que, depuis Shining (et quelques autres, mais bon, Shining quoi…), les cinéphiles amateurs de fantastique savent bien que les retraites d’écrivains finissent mal en général…
A peine dans les lieux, l’héroïne est en proie à des cauchemars et des hallucinations flippantes (pour elle, hein, parce que pour le spectateur, bof…). Dans le même temps, de mystérieuses disparitions d’enfants sont signalées au village, et la population suspecte tout naturellement cette étrangère d’en être à l’origine.

Derrière les murs repose sur la mise en place d’une ambiance angoissante sur le thème de la maison hantée – avec en référents Maupassant, Lovecraft et Poe – et l’instillation d’un doute sur l’équilibre mental du personnage : Suzanne est-elle réellement importunée par ces apparitions spectrales ou bien ne sont-elles que les signes avant-coureurs d’une forme de démence ?
Le principe est plutôt bon. Il a donné lieu à des classiques du genre, comme Le Cercle infernal ou The Others. Aussi, on commence par se réjouir… avant de déchanter complètement.

Derrière les murs - 2

On se demande si, à l’instar de leur héroïne, les auteurs avaient bien toute leur tête au moment de l’écriture du scénario, s’ils n’ont pas abusé de substances psychotropes, parce que franchement le scénario vire au grand n’importe quoi… Passe encore que l’histoire soit platement linéaire – c’est le lot de bien des films fantastiques contemporain, hélas – que les personnages soient des clichés ambulants, que les effets soient appuyés au point de ne plus faire peur. Mais quand  Pascal Sid et Julien Lacombe prennent le temps de présenter des personnages qui ne servent à rien – le prêtre joué par Roger Dumas, par exemple… – et qu’ils multiplient les situations qui ne débouchent sur rien – l’enquête du personnage joué par Thierry Neuvic en est la meilleure démonstration… -  on se demande ce qui a bien pu leur passer par la tête. Ou alors on a raté un épisode ???

Franchement, voilà un film qui ne brille pas, mais alors pas du tout par sa finesse d’écriture, multipliant les fausses pistes absurdes et les empilant sans queue ni tête, jusqu’à un dénouement tout aussi ridicule que le reste…
Tragique? Oui, dans tous les sens du terme…
Mais le fiasco ne s’arrête pas à l’écriture, hélas…

Derrière les murs - 4

Si Laetitia Casta, d’une sobriété exemplaire, s’avère plutôt convaincante en jeune femme tourmentée, on n’en dira pas autant du reste de la distribution. Thierry Neuvic ne parvient pas à donner une once d’épaisseur et d’ambiguïté à son personnage, Anne Loiret et Anne Benoît en font des tonnes pour pas grand chose et Jacques Bonnaffé, que l’on apprécie par ailleurs, se vautre complètement avec le rôle – certes improbable – de l’épicier bougnat/maire du village/obsédé sexuel. Sa performance, caricature de parodie de péquenot vicieux, devrait logiquement lui valoir un Gérard de la plus mauvaise interprétation d’un auvergnat. Ca ne serait que justice.

Quant à la mise en scène, elle est totalement plate. Ca valait le coup de se mettre à deux pour réaliser le bidule…
C’est d’ailleurs sans doute pour cela que les auteurs ont cru bon de tourner le film en relief.
Parce que sinon, comme trop souvent, hélas, la 3D n’apporte absolument rien. Même les effets “chocs” (oui, enfin…)  ne parviennent pas à exploiter correctement cet outil relégué au rang de simple argument publicitaire.
Ah oui, car voyez-vous, Derrière les murs est censément le “premier film de fiction français en relief (hors animation)”.

La belle affaire… C’est tout ce que l’histoire du septième art retiendra de ce navet que l’on va s’empresser de jeter aux oubliettes en compagnie des rats et des spectres qui y pullulent…

Derrière les murs - 3

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“La Traque“ d’Antoine Blossier

La Traque (1) est un film de genre français…
Hé! Non, non, ne partez pas comme ça… Bon d’accord, “film de genre et français ça ne fait pas souvent bon ménage (cf la critique précédente). Mais pour une fois, le résultat n’est pas si mal…

La Traque - 3

Antoine Blossier, et son coscénariste Erich Vogel, ont pris le parti de rester modestes, en écrivant une histoire assez simple, mais efficace, où un groupe de chasseurs, membres d’une famille de riches industriel locaux qui ont du mal à se supporter les uns les autres, se retrouve confronté à une meute de sangliers mutants particulièrement véhéments.
Habilement, le cinéaste joue sur tous les ressorts dramatiques permis par la situation – rivalités viriles, ambiance nocturne et nature sauvage – en restant constamment sur une ligne sérieuse, très “premier degré”.
Et comme il a su s’entourer d’une troupe d’acteurs plutôt convaincants (Grégoire Colin, François Levantal, Joseph Malerba, Fred Ulysse), le récit est crédible et la tension monte efficacement.

Bon, attention, le film n’est toutefois pas exempt de défauts. On dénombre beaucoup d’erreurs de jeunesse et de tics de mise en scène/scénario hérité des films hollywoodiens.
Les tenants et les aboutissants de l’intrigue sont un peu trop prévisibles, le scénario est trop linéaire pour sortir vraiment du lot. Et les scènes d’épouvante auraient pu être mieux amenées… Quant à la réalisation, notamment celle des scènes d’action, elle est parfois un peu confuse, ce qui désamorce un peu, hélas, le suspense savamment élaboré.

La Traque - 2

Euh…  Oui, dit comme ça, c’est sûr que ça ne donne pas envie…
Mais, malgré ces défauts, il y a une réelle envie de proposer un thriller horrifique français qui tienne la route et qui ne prenne pas le spectateur pour un imbécile. L’humilité de l’entreprise joue en sa faveur, tout comme la pertinence de son message écologiste. Et l’ensemble est quand même bien mieux maîtrisé que certaines tentatives récentes de fantastique à la française (La Meute, Humains, Djinns ou Le Village des ombres, pour ne citer qu’eux…).

Bref, pour un premier long-métrage, il y a là un certain potentiel qui saura, on l’espère, s’exprimer dans de futurs films un peu plus ambitieux que celui-ci…

(1) : Lors de sa présentation dans les festivals, le film s’appelait Proie. Il a sans doute été débaptisé à cause de la sortie récente du film d’Eric Valette, La Proie

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Derrière les mursDerrière les murs
Derrière les murs

Réalisateurs : Pascal Sid, Julien Lacombe
Avec : Latitia Casta, Thierry Neuvic, Jacques Bonnaffé, Roger Dumas, Anne Loiret, Anne Benoît
Origine : France
Genre : arrêtez l’absinthe, les gars…
Durée : 1h30
Date de sortie France : 06/07/2011
Note pour ce film :

contrepoint critique chez : FilmActu

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La Traque La Traque
La Traque

Réalisateur : Antoine Blossier
Avec : Grégoire Colin, François Levantal, Bérénice Béjo, Fred Ulysse, Joseph Malerba, Isabelle Renauld
Origine : France
Genre : tout est bon dans l’cochon
Durée : 1h20
Date de sortie France : 13/07/2011
Note pour ce film :

contrepoint critique chez : Télérama

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About the Author

Boustoune
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…




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