Origine

15/07/2011

[Reprise] “Deep end” de Jerzy Skolimowski

Un petit tour à la piscine ou aux bains-douches pour vous rafraîchir en cette période estivale, ça vous dit?
Ah… Vous n’avez pas de maillot de bain? Alors il ne vous reste plus qu’à plonger dans les salles obscures spécialisées dans les reprises pour (re)découvrir Deep end, un des films de jeunesse du cinéaste Jerzy Skolimowski.

Ce film de jeunesse, donc, a pour héros – ça tombe bien – un garçon de quinze ans, Mike, qui – ça tombe bien aussi – vient d’intégrer un établissement de bains-douches du quartier de l’East-End, dans le “swinging London” des années 1960/1970.

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Le jeune homme est tout excité par cette première expérience professionnelle, mais il ne va pas tarder par être excité par tout autre chose : les femmes, et principalement sa belle et désirable collègue Susan.
Lors de son premier jour, Mike a encore les traits d’un enfant. Il passe, on le devine, d’un cocon familial très protecteur à un univers encore inconnu, à la fois fascinant et anxiogène, celui du désir et de la sexualité…

Tout, autour de lui, dans cette ambiance chaude, moite, intimiste, devient symbole de sensualité, d’érotisme, de plaisir… Le professeur de natation met des mains aux fesses de ses jeunes élèves, des ados dragueurs font des plaisanteries salaces ; une alarme incendie se déclenche pour signaler, sans doute, que Susan a le feu aux fesses et l’autre employée accourt avec un extincteur et asperge tout le monde avec la mousse qui jaillit du tube de l’extincteur…
Susan lèche une glace de façon voluptueuse tandis que Mike se fait une orgie de hot dogs aux connotations phalliques évidentes…

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Deep end vaut déjà par l’audace et l’humour avec lesquelles il traite de ce sujet délicat des premiers émois adolescents et de la violence du désir. Skolimowski s’amuse à déjouer la censure et illustre à merveille l’état d’esprit du jeune héros, perdu entre sagesse et rébellion, entre adolescence et âge adulte, entre fantaisie enfantine et gravité, entre désir et obsession. Il signe un joli récit initiatique qui démarre sur un ton léger de comédie pétillante – l’innocence enfantine – avant de virer peu à peu, imperceptiblement, vers le drame et l’amertume – l’âge adulte.
Pour ses personnages attachants (joués par John Moulder-Brown et Jane Asher), pour son intrigue simple, mais efficace et ses multiples petites séquences originales, Deep end est déjà un film intéressant en soi…

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Mais ce long-métrage mérite également d’être redécouvert pour la qualité de son environnement esthétique. Skolimowski a été peintre avant de découvrir la caméra et ses multiples avantages. Chaque plan est soigneusement composé, comme un tableau. Le cinéaste et son chef-opérateur,  Charly Steinberger, proposent un étonnant jeu sur les couleur, plusieurs éléments peints dans des couleurs vives tranchant avec l’ambiance globalement grise et crépusculaire qui entoure le film. La méthode ressemble un peu à celle employée par Bernard Evin et Jacques Demy dans Les Parapluies de Cherbourg, trois ans auparavant, pour un résultat tout aussi beau et percutant.

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Enfin, Deep end présente un intérêt historique puisqu’on y retrouve plusieurs des thèmes majeurs du cinéaste polonais : l’obsession amoureuse & la violence des relations humaines, comme dans le récent 4 nuits avec Anna, le trajet d’un personnage perdu dans un territoire hostile et inconnu, comme Vincent Gallo dans Essential killing, la description d’un univers professionnel qui révèle la personnalité des protagonistes, comme dans Travail au noir,…

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Bien sûr, le film a vieilli et est aujourd’hui un peu daté. Mais cela ajoute à son charme, à l’instar de la bande-originale du film, composée de morceaux de Cat Stevens ou des Cans…
Et le propos, universel et intemporel, peut encore toucher le public, d’autant que cette oeuvre est de celles qui creusent doucement leur sillon, imprimant dans les mémoires quelques belles séquences. Comme le dénouement, glaçant. Ou cette scène-culte, quasi burlesque, où le jeune héros est malmené par une cliente nymphomane et dérangée cherchant à reconstituer l’atmosphère virile d’un vestiaire de footballeurs…

Bref, très bonne idée que de ressortir, quarante ans après, ce film à découvrir ou à redécouvrir d’urgence…

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Deep end Deep end
Deep end

Réalisateur : Jerzy Skolimowski
Avec : Jane Asher, John Moulder-Brown, Karl Michael Vogler, Christopher Sanford
Origine : Pologne, Allemagne, Royaume-Uni
Genre : bain de minuit
Durée : 1h30
Date de ressortie France : 13/07/2011
(1ère sortie en décembre 1971)
Note pour ce film :

contrepoint critique chez : pas trouvé…

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About the Author

Boustoune
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…




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